Le « stand-by », The Famous Project CIC sur la ligne de départ

A tout moment, elles peuvent partir. Les yeux rivés sur la météo, Alexia Barrier et ses sept femmes d’équipages attendent la fenêtre optimale pour larguer les amarres. Objectif : le Trophée Jules Verne, le record du tour du monde à la voile en équipage sans escale et sans assistance. Ce soir, cette nuit, demain, ces huit femmes d’exception vont prendre le large. Cap sur une aventure historique.

PA_FOG

Publié le 17/11/2025

The Famous Project CIC sur le ponton de départ ! Alexia Barrier (5e en partant de la g.) et son équipage féminin sont en attente de la bonne fenêtre météo (cprght The Famous Project CIC).
Le trimaran de The Famous Project CIC lors de ses derniers tests (cprght The Famous Project CIC).
Alexia Barrier relève le défi du Trophée Jules Verne avec un équipage 100% féminin, composé de navigatrices de très haut niveau (cprght The Famous Project CIC).
Le trimaran de The Famous Project CIC a déjà battu le record du tour du monde, décrochant ainsi le prestigieux Trophée Jules Verne. C'était en 2017 avec un équipage formé et dirigé par Francis Joyon (cprght The Famous Project CIC).
L'affiche réalisée pour marquer le début du stand-by, phase à haute tension lors de la préparation d'un record (cprght The Famous Project CIC).

Amarré à son ponton, le grand trimaran de The Famous Project CIC attend. L’équipage vient d’entamer son stand-by. Pas seulement un anglicisme, mais un terme technique qui, chez les marins, désigne le moment où, toutes les conditions techniques et humaines étant réunies, l’équipage attend la fenêtre météo optimale sur l’ensemble du parcours pour s’élancer. Pour une tentative de record, le stand-by est une phase sous haute tension. C’est le moment où tout est prêt, tout sauf la météo dont on attend qu’elle livre les meilleurs vents. Stress de l’inaction que chacune trompe en vérifiant et revérifiant tout, en prenant des forces, en dormant – pour celles qui peuvent. Après, une fois les amarres larguées, il ne sera plus temps. Le stress, lui, s’envolera instantanément. Donnez-leur du gros vent, au près comme au portant, c’est leur gourmandise. Le reste, le record, leur appartient.

The Famous Project CIC, l'immense défi de l'équipage 100% féminin concocté par la navigatrice et entrepreneure Alexia Barrier pour s'attaquer au record du Trophée Jules Verne, le tour du monde à la voile, en équipage, sans escale et sans assistance, démarre donc aujourd'hui, lundi 17 novembre, sa phase de veille météo, son stand-by. Alexia et ses 7 femmes d'équipage, aidées par la cellule de routage à terre orchestrée par Christian Dumard, vont désormais scruter quasiment d'heure en heure l'évolution des grands systèmes météos non seulement en proche Atlantique Nord, mais aussi au-delà de l'équateur. Des discussions entre météorologistes et navigatrices émergeront, à plus ou moins long terme, une date et une heure fatidiques de départ à l'assaut de la planète mer et du chrono référence établi en 2017 par ce même Maxi trimaran, IDEC SPORT, 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes.

Pour les courses océaniques, la date et l'heure de départ sont, sauf situation météo critique obligeant à reporter un départ, gravées dans le marbre longtemps à l'avance. Pour une tentative de record, c’est tout l’inverse. Ce sont les protagonistes qui choisissent librement leur moment. Ce moment, c’est celui de fenêtre météo idéale – du moins de la succession de fenêtres qui vont esquisser la probabilité de meilleure route possible. Pour le « GO », reste l’intuition, l’expérience, l’instinct de la navigatrice pour, au milieu de cette suite de probabilité, choisir une option et s’élancer.

« Chercher la fenêtre idéale pour partir en record, c'est comme essayer au casino d'aligner toutes les images à la machine à sous. Cela n'arrive jamais ! », s'amuse Alexia Barrier. Une réflexion partagée par Christian Dumard, expert en routage : « Les planètes ne s'alignent jamais vraiment. Avec le perfectionnement des outils d'analyse météo, les navigateurs, navigatrices, deviennent de plus en plus gourmands et cherchent des prévisions et possibles choix de route à échéances de plus en plus longues. Nous entrons en réalité dans une phase de discussion, entre cellule de routage et équipage. La décision finale sera forcément un compromis, entre court, moyen et long terme, estimations de route rapides, état de la mer, évolution des systèmes proches et éloignés....  Un choix dicté par la quête de performance, bien sûr, mais aussi par les impératifs de sécurité pour les femmes et le bateau, et de mise en jambes. Nous allons définir en amont ce qu’Alexia et ses équipières considèrent comme leur fenêtre météo idéale, en prenant en compte le nécessaire amarinage et l'absolue nécessité de ne pas casser. ».

« L'exercice du stand-by est nouveau pour moi », avoue Alexia pourtant forte de plus de 20 ans de course au large sur tous les supports océaniques. « C'est la première fois que je me lance sur un record. Il faudra savoir être patiente. C'est rassurant d'avoir Christian Dumard à nos côtés. Je le connais depuis ma Transat Jacques Vabre 2007. Il va nous soumettre chaque jour une analyse précise des différents scénarios, à court et long terme. Nous en discuterons de manière très collégiale entre membres d'équipage, pour peser les pours et les contres des conditions de vent et de mer, des routes proposées, en regardant le plus loin possible, l'équateur et au-delà. A l'idéal, nous souhaitons naturellement des vents portants, générés par une dépression d'Atlantique Nord et sa rotation au Nord-Ouest qui n'aurait pas encore levé trop de mer, ou un anticyclone et ses vents d'Est, ou encore une dépression centrée très Sud que nous contournerions en sa bordure Nord. Partir avec l'idée, l'envie, l'ambition de parcourir un océan, Atlantique, Indien, Pacifique puis de nouveau Atlantique, tous les 10 jours, soit 40 jours de mer ! Quoi qu'il advienne, nous voulons surtout tracer notre sillon, profiter de chaque mille, et inscrire un temps référence pour un équipage féminin. ». « Nous clôturons tous les dossiers techniques cette semaine » poursuit Alexia. « Nous allons naviguer une dernière fois pour d'ultimes vérifications. Mais toute l'équipe à terre, pilotée par Clément Surtel, est en mode opérationnel. Un travail phénoménal a été accompli depuis le début de l'été, dans un temps et avec un budget imparti. L'équipage est incroyablement motivé et impliqué dans la gestion de ce stand-by. Avec l'aide du comité santé-nutrition que nous avons mis en place, nous veillons désormais à nous préserver, afin de partir au mieux de notre forme. ».

LE RECORD ! 
Le record actuel entre Ouessant et l'équateur dans le cadre du Trophée Jules Verne est de 4 jours 19 heures 57 minutes, établi par le trimaran Spindrift 2 (skippé par Yann Guichard) en janvier 2019. IDEC SPORT (skipper Francis Joyon) avait, lors de sa tentative triomphale en 2017, mis 5 jours 18 heures 59 minutes, couvrant sur ce segment, une distance de 3 556,3 milles à 25,6 noeuds de moyenne.