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Publié le 06/01/2026
« Cap Horn - Arrêt sur image
Ces dernières 24 heures, j’étais plutôt silencieuse. En mode arrêt sur image. Besoin de me poser. Besoin de garder tout ça pour moi.
Te regarder. Enregistrer tes couleurs, ton odeur, ces sensations qui prennent le cœur, le retournent et t’embarquent sans demander ton avis. Il n’y a que toi pour faire ça.
Je le savais que tu n’allais pas nous laisser filer comme ça. Il fallait bien que tu dises au revoir, à ta manière. Avec tes nuages sculptés, tes lumières irréelles, parfois magnifiques, parfois franchement effrayantes. Tu es grand. Non… immense. Indécent même. De la neige. 40 nœuds. On s’est bien amusées… enfin, à ta façon. Alors si tu es un peu dur, ciao le Sud. J’espère qu’on se reverra vite.
Et puis il y a ce moment suspendu. Celui où l’on sait que le plus dur est derrière, mais où l’on reste humble. Parce qu’ici, rien n’est jamais acquis. Devant nous, le Cap Horn. Et après lui, l’Atlantique.
Je regarde déjà vers la terre. Vers la Cordillère des Andes, majestueuse, verticale, que j’ai tellement hâte d’apercevoir, comme une muraille silencieuse entre deux mondes. Et puis il y aura le phare. Cette sentinelle minuscule face à l’océan. Son gardien. Peut-être aurons-nous la chance d’échanger quelques mots. Quelques phrases simples, chargées de tout ce que ce lieu représente. Et Tamara pourra parler espagnol — un lien de plus, humain, direct, essentiel. Le Cap Horn, ce n’est pas un point GPS. C’est un passage de relais. Entre les marins d’hier, ceux d’aujourd’hui, et ceux qui rêvent encore. On n’y “passe” pas. On y est autorisées à continuer.
Pour moi, ce moment est essentiel à partager. D’abord avec l’équipe à terre - ces gens de l’ombre, pas toujours visibles, mais dont le travail est absolument remarquable. Avec nos partenaires, qui croient, soutiennent, tiennent la barre autrement. Avec nos proches, nos parents et nos compagnons. Par ce que mari, père, mère de marin C’est pas simple. Parce que ça prend au ventre, à la gorge, et qu’il faut parfois du temps pour que tout se dénoue. Mes parents… Vous m’avez faite marin. Et ça, c’est quelque chose. Maintenant À nous l’Atlantique. À nous la remontée vers Brest. Vers cette arrivée qui nous attend — il paraît qu’il y a un bal quelque part, pas très loin. Merci, encore, le grand Sud.
Et puis il y a vous. Vous qui nous suivez en silence ou en messages, depuis la terre ferme, parfois très loin d’ici. Vous qui envoyez de l’énergie quand nous, on compte les vagues. Vous qui pensez à nous sans jamais rien demander en retour. Sachez une chose : dans le vent, dans le froid, dans la fatigue,vos mots trouvent toujours un chemin. Ils arrivent à bord. Ils réchauffent. Ils portent. Ce Cap Horn, on ne le passe jamais seules. On l’embarque avec toutes celles et ceux qui y croient. Merci d’être là. Vraiment. »