Clément Surtel, Directeur Technique : « Comment nous avons modifié IDEC SPORT-CIC pour Alexia »

Navigateur spécialiste des trimarans de classe Ultim, Clément Surtel veille sur l’IDEC SPORT-CIC depuis 2006, année de sa mise à l’eau. Il supervise les transformations nécessaires pour qu’Alexia Barrier puisse, après avoir décroché à sa barre le record du tour du monde en équipage féminin, le dompter en solitaire sur la Route du Rhum.

PA_FOG et Od'O

Publié le 04/08/2026

Clément Surtel, Directeur Technique du trimaran Ultim IDEC SPORT-CIC le 4 août dernier lors de sa remise à l'eau après plusieurs mois de travaux (cprght The Famous Profect CIC_Gauthier Le Bec).
Clément Surtel surpervisant la réinsallation du mât de IDEC SPORT-CIC (cprght The Famous Profect CIC_Gauthier Le Bec).
Clément Surtel teste le "moulin à café" (dispositif qui permet de border ou hisser les voiles plus rapidement) dont l'ergonomie a été modifiée pour être plus efficacement utilisable par Alexia Barrier (cprght Gauthier Le Bec_The Famous Prohect-CIC).

Clément Surtel, quelles modifications avez-vous apportées au trimaran Ultim IDEC SPORT-CIC depuis le record du tour du monde en équipage féminin établi par Alexia et ses équipières de novembre 2025 à janvier 2026, pour qu’elle puisse repartir à sa barre, mais cette fois en solitaire, sur la Route du Rhum en novembre prochain ? 

Clément Surtel : 

Au retour du tour du monde, nous avons d’abord réalisé un contrôle complet du bateau pour identifier les points qui avaient souffert. Le mât avait pris des impacts, on avait une grande voile à refaire, un foil était bien abîmé aussi. Tout ça est réparé ou en cours de finition. Ensuite, il a fallu modifier le trimaran pour que, navigué par un équipage, il puisse l’être désormais par un seul marin – Alexia, et que tous ses équipements et systèmes soient optimisés. 

Un gros chantier ? 

Clément Surtel : 

Un navigateur – une navigatrice – en solitaire doit tout avoir sous la main, limiter ses déplacements sur le pont, économiser ses gestes et ses forces. C’est une question d’efficacité et de sécurité. Homme ou femme, mêmes contraintes ! Le point numéro 1 était de repenser l'aménagement sous la « casquette » (le poste de pilotage situé à l’arrière du bateau sur le haut du flotteur central) pour qu’Alexia puisse y vivre en limitant au strict minimum ses descentes en cale. On y a remonté tous les systèmes de gestion du bateau, y compris la table à carte, tout ce qui permet de piloter et vivre. On a aussi repensé tous les systèmes informatiques, électroniques, en particulier le pilote automatique dans le programme duquel on a ajouté des « couches » qui le rendent plus performant. Nous avons évidemment travaillé aussi l’ergonomie des systèmes de manœuvres pour optimiser le positionnement et la hauteur des potences, en particulier celles du « moulin à café » et du « piano (le système de centralisation de réglage des voiles), et les mettre à la main d’Alexia. Nous avons beaucoup planché là-dessus avec elle et son préparateur physique. Ce que nous n’avons pas pu faire, faute de temps, c’est de repenser le « piano » en profondeur. IDEC SPORT-CIC en a deux depuis sa conception, un de chaque côté de la casquette. Mais réunir les deux pianos en un seul demande des travaux de structure qui seront pour plus tard. 

Les différents travaux ont été effectué par l’équipe ou par des sous-traitants ? 

Clément Surtel : 

Les deux ! L'équipe technique est quasiment la même que celle du Jules Verne. On gagne ainsi énormément de temps sur la préparation, on capitalise sur l’acquisition des compétences de chacun. Nous continuons à former le groupe. Mais nous nous appuyons aussi sur des sous-traitants performants habitués au bateau, experts de certains de ces équipements, très à l’écoute de nos besoins et des retours d’expérience. 

Les systèmes électrique et électroniques ont besoin d’électricité, comment gérez-vous la production d’énergie à bord ? Stockage dans des batteries ou production continue ? 

Clément Surtel : 

Nous tablons sur un mix énergétique : éolienne, panneaux solaires, et pile à combustible à éthanol. Chacun à son avantage et ses limites. Les panneaux solaires ne produisent pas la nuit. L’emplacement des éoliennes et leur fonctionnement ont leurs limites. On connaît les avantages et les inconvénients de chaque système. On fait des choix et des arbitrages entre les différentes solutions. Le tout est complété par un parc de batteries qui stocke l’électricité que l’on peut produire en excès. Et puis, en cas d’absolue nécessité, on peut aussi s’appuyer sur le moteur de propulsion que par sécurité on est obligé d’avoir à bord, et qui permet aussi de recharger. 

Une PAC à l’éthanol plutôt qu’à l’hydrogène ? 

Clément Surtel : 

Compte tenu de nos contraintes de poids et de place, le stockage de l’hydrogène continue à être problématique. Nous avons préféré une PAC éthanol comme celle que l’on retrouve dans les véhicules de camping. Déjà, en 2014, j'avais fait partir Yann Eliès sur la Route du Rhum avec ce genre de système à bord de Paprec. La démarche est vraiment de mettre en œuvre des équipements dont nous sommes sûrs. On n'a pas le temps de faire de la recherche et du développement. Nous tablons sur des systèmes maîtrisés, éprouvés, complémentaires, ce qui nous permet d’être assez sereins. L’objectif est qu’Alexia n’ait pas à se soucier de son alimentation en énergie, en particulier lors des premiers jours de course quand toute l’attention est dédiée à la marche du bateau dans une météo qui pourra être un peu dure. 

Après ces travaux réalisés au sec, quand IDEC SPORT-CIC va-t-il reprendre la mer ? 

Clément Surtel : 

En plusieurs étapes. Après la remise à l’eau qui a eu lieu le 4 août et une fois les différents systèmes vérifiés et activés, Alexia va pouvoir faire ses premières sorties pour commencer à mettre le bateau sous tension. 

En solitaire ? 

Clément Surtel : 

Elle va commencer par du faux solo ! Au début, lors des trois ou quatre première sorties, pour des questions de sécurité et de réglage du bateau, Alexia va naviguer en compagnie de techniciens chargés non pas de jouer les équipiers, mais de s’assurer que tout fonctionne bien à bord, de surveiller le bateau, de prendre des mesures. Pour faire nos réglages, il nous faut des conditions un peu soutenues, mais avec de la mer plate. Première tâche, régler le mât et plus généralement le gréement. En attendant la livraison de la nouvelle grand-voile, Alexia naviguera avec l’ancienne. Cela va nous permettre de mettre tous les systèmes en route tranquillement pendant une dizaine de jours et de monter peu à peu en puissance : une journée de navigation, retour à l’amarrage pour le travail technique, nouvelle sortie, retour, et ainsi de suite. Dès que le bateau va commencer à être en ordre de marche, Alexia partira plutôt naviguer le week-end, ce qui permettra à l'équipe de maintenir un rythme de travail en semaine pour les ajustements et les finitions. Fin août-début septembre, Alexia devra effectuer ses qualifications : 1200 milles en solitaire avec le bateau. Après ça, elle ira se positionner pour le départ à Saint-Malo. Là-bas, il faut que nous n’ayons plus que des détails à régler. 

Il y aura encore des travaux sur le bateau à Saint-Malo au ponton de départ ? 

Clément Surtel : 

Du remplacement d’éléments arrivées tardivement, des ajustements, mais rien qui ne nécessite de faire des tests. Concernant ces arrivées tardives de pièces, il faut savoir que tout sur ce bateau est sur-mesure. Une modification signifie une refabrication qui impose entre 6 et 12 semaines de délais. Mais nous gérons ! De toutes façons, ce bateau a gagné trois fois la Route du Rhum dans cette configuration-là, donc on devrait bien s'en sortir quand même !

Quel volume de travail aura été consacré à ce chantier de préparation pour la Route du Rhum ? 

Clément Surtel : 

Depuis la reprise du projet il y a deux mois à peu près, entre le composite, l'accastillage, l'électricité, l'électronique, on a eu en permanence une équipe de six personnes sur le bateau, sans compter les sous-traitants. Cette dernière semaine, on est monté à une quinzaine pour la peinture, l’accastillage,… afin de tenir notre échéance de mise à l’eau. Ensuite, on sera à nouveau 5 à 6 en permanence jusqu’à l’arrivée. 

  • Pour en savoir plus, lisez ces articles :

. la remise à l'eau du trimaran Ultim IDEC SPORT-CIC le 4 août dernier
. la Route du Rhum, nouveau défi d'Alexia Barrier

Clément Surtel en bref

  • Clément SURTEL 
  • Directeur Technique du trimaran Ultime IDEC SPORT-CIC ; 
  • 47 ans ; 
  • Navigateur spécialiste des grands trimarans océaniques ; 
  • Suit IDEC SPORT-CIC depuis sa première année de mise à l'eau en 2006 ; 
  • Coéquipier de Francis Joyon lors de l'établissement du record du Trophée Jules Verne de 2017 avec le bateau.