Thomas Voeckler : "La technologie, bien sûr ! Mais il faut gagner en sécurité"

Le champion français, devenu sélectionneur de l’Équipe de France masculine sur route et ambassadeur du CIC, porte un regard expert sur son sport. Performances, sélection des jeunes, amateurisme et professionnalisme, sécurité, déséquilibre entre équipes professionnelles, technologies, dangers pour l’avenir, sur tous les sujets, les réponses éclairantes d’un homme inspirant. Une grande interview en 4 parties : . Première partie : L’homme, le champion . Deuxième partie : Le sélectionneur de l’Équipe de France masculine sur route . Troisième partie : Amateurisme et hyper professionnalisation . Quatrième partie : Technologie et sécurité

Publié le 27/12/2025

"Les pelotons roulent de plus en plus vite, les chutes ont des conséquences de plus en plus lourdes. On pourrait réduire cette vitesse sans que le spectacle sportif en souffre" (cprght FFC_Patrick Pichon).
"La technologie vélo, pourtant très réglementée, est de plus en plus pointue. Les performances grimpent sans arrêt. Attention aux conséquences..." (cprght FFC_Patrick Pichon).
  • Première partie : L’homme, le champion
  • Deuxième partie : Le sélectionneur de l’Équipe de France masculine sur route
  • Troisième partie : Amateurisme et hyper professionnalisation
  • Quatrième partie : Technologie et sécurité 

 

Le cyclisme est un sport d’interface, une performance accomplie par un homme par l’intermédiaire d’une machine. A effort égal, ces machines permettent aux coureurs d’aller de plus en plus vite. La sécurité devient-elle une préoccupation de plus en plus importante ?

Thomas Voeckler : Bien sûr que la sécurité est une préoccupation de plus en plus essentielle ! J’ai des idées, mais pas de certitude. Et des idées, tout le monde peut en avoir : les ingénieurs, les équipementiers, les instances dirigeantes, tout le monde. Mais il faudrait en parler ensemble et les mettre en place. Réduire la vitesse des vélos de quelques km/h ne changerait rien au spectacle, mais permettrait de faire des progrès côté sécurité. Il faut se rendre compte qu’aujourd’hui, à 80 km/h, on pédale encore ! Dans ces situations, la vitesse augmente mais n’apporte rien au spectacle. Je pense donc, par exemple, que la limitation des braquets serait une bonne solution. Certaines chutes qui se produisent en descente ou en faux plats descendant auraient lieu à 10 voire 15 km/h de moins. Une grosse différence… Je pense également que les casques devraient être plus résistants. Il y a trop de commotions même dans des chutes à 40 km/h. Les normes des casques actuels sont adaptées pour protéger un pratiquant qui va à la plage en vélo ou sort le dimanche. Mais ce sont les mêmes normes pour les caques des pros qui descendent des cols à 90 km/h ou sont lancés à 70 km/h dans un sprint !  Je pense donc qu’il faut des normes plus exigeantes pour le cyclisme professionnel.

Et rendre obligatoire un airbag cervical ?

Thomas Voeckler : Ce ne serait pas aberrant du tout, sous réserve que ça soit le même pour tout le monde, fait par un manufacturier unique. Mais je ne vous dis pas ce que l’on va entendre si on rend ça obligatoire – j’aurais sans doute été le premier à sauter au plafond à mon époque si on avait voulu m’imposer ça ! Nous n’avons pourtant pas le choix. Ce qui est dangereux quand on est sur un vélo, ce ne sont pas les traumatismes aux poignets, se casser des clavicules ou des chevilles. Tout ça, ça se remet en place. Mais les vertèbres cervicales et le cerveau... En F1, ils ont réussi à imposer des équipements comme le Halo dont personne ne voulait et alors qu’ils ont des intérêts économiques dix fois plus importants que les nôtres. Alors il n’y a aucune raison que nous n’y arrivions pas !

D’autres pistes ?

Thomas Voeckler : Peut-être faut-il agir dans tous les domaines, par petites touches. De petites choses qui, additionnées, ont des effets substantiels : la largeur des guidons, la hauteur des roues, pourquoi pas aussi adopter un type de pneus unique – mais pour cela il faudrait qu’il y ait un manufacturier unique. Mais il faut être conscient que, déjà, le règlement est très contraignant. S’il ne l’était pas, on irait beaucoup plus vite avec des machines très biscornues !

L’électronique, les ordinateurs, les oreillettes ?

Thomas Voeckler : Les oreillettes sont pour moi à l'origine de certaines chutes, pas de toutes. Mais je suis convaincu que la pression mise par les directeurs sportifs favorise les chutes et qu'une oreillette avec un canal unique de sécurité dans différentes langues pourrait être proposée. La puissance développée affichée au guidon ? Beaucoup de coureurs regardent leurs watts et ne regardent pas devant. Je ne veux pas aller contre la technologie, elle est utile. Mais utilisons ces captures de données pour des analyses d’après course. Si on faisait ça, pour le coup, on gagnerait sur trois tableaux : côté sécurité on éviterait de détourner l’attention du coureur qui passe trop de temps les yeux rivés sur cet écran, on l’obligerait à se connaître lui-même plutôt que de se reposer sur sa machine, et on redonnerait de l’intérêt à la course : aujourd’hui, les coureurs n'essayent même pas de suivre un adversaire qui attaque si l’ordinateur leur dit que cet adversaire ne pourra pas aller bien loin au régime auquel il pédale. Toutes ces mesures pourraient contribuer à gagner en sécurité, et à redonner du piment à la course !

Thomas Voeckler en bref...

Né le 22 juin 1979 à Schiltigheim (Bas-Rhin) ;
Cycliste sur route Professionnel de 2001 à 2017 ;
Sélectionneur de l’Equipe de France sur Route masculine depuis 2019.
Palmarès notable comme coureur :
AMATEUR :
. 1999 : vainqueur de Nantes-Segré ;
. 2000 : vainqueur de La Flèche ardennaise ; vainqueur du Grand Prix de la Ville de Buxerolles.
PROFESSIONNEL :
. 2003 : vainqueur du Tour du Luxembourg ; vainqueur de La Classic Loire-Atlantique ;
. 2004 : champion de France sur Route ; vainqueur du Grand Prix du Morbihan ;
. 2006 : vainqueur de La Route du Sud ; vainqueur de Paris-Bourges ;
. 2007 : vainqueur du Grand Prix de Plouay ; vainqueur du Tour du Poitou-Charentes ;
. 2008 : vainqueur du Circuit de la Sarthe ; vainqueur du Grand Prix de Plumelec-Morbihan ;
. 2009 : vainqueur de l’Etoile de Bessèges ; vainqueur du Tour du Haut Var ; vainqueur du Trophée des Grimpeurs ; 5e du Tour de France ;
. 2010 : champion de France sur Route ; vainqueur de la 15e étape du Tour de France ; vainqueur du Grand Prix Cycliste du Québec ;
. 2011 : vainqueur du Tour du Haut-Var ; vainqueur des 4e et 8e étapes de Paris-Nice ; vainqueur de Cholet-Pays de Loire ; vainqueur des Quatre Jours de Dunkerque ; 4e du Tour de France ;
. 2012 : vainqueur de la Flèche brabançonne ; vainqueur des 10e et 16e étapes du Tour de France, vainqueur du classement du meilleur grimpeur ;
. 2013 : vainqueur de la Route du Sud ; vainqueur du Tour du Poitou-Charentes ;
. 2016 : vainqueur du Tour La Provence ; vainqueur du Tour de Yorkshire.
Palmarès notable comme sélectionneur de l'Équipe de France masculine de Cyclisme sur Route :
. 2020 : Arnaud Démare 2e aux championnats d’Europe ; Julian Alaphilippe champion du monde ;
. 2021 : Julian Alaphilippe champion du monde ; Benoît Cosnefroy 3e des championnats d’Europe ;
. 2022 : Christophe Laporte 2e des championnats du monde ; Arnaud Démare 2e des championnats d’Europe ;
. 2023 : Bruno Armirail, Rémi Cavagna, Benjamin Thomas, Audrey Cordon-Ragot, Cédrine Kerbaol, Juliette Labous champions d’Europe du Relais Mixte ; Christophe Laporte champion d’Europe ; Bruno Armirail, Rémi Cavagna, Bryan Coquard, Cédrine Kerbaol, Audrey Cordon-Ragot et Juliette Labous 2e du Relais Mixte aux championnats du monde ;
. 2024 : J.O. de Paris, Valentin Madouas 2e, Christophe Laporte 3e.