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Publié le 06/12/2025
Vous êtes le premier humain que rencontre un extra-terrestre qui débarque sur Terre, comment lui expliquez-vous qui vous êtes et ce que vous faites ?
Thomas Vockler : (rire) Alors, ça, c'est la première fois qu'on me pose cette question, ce qui n'est pas rien, parce qu'on m'en a posé des questions ! Je vais lui dire tout simplement que je suis un humain qui vit par et pour le vélo. Que le vélo, c'est un engin qui sert à se déplacer, inventé avant les véhicules à moteur qui, eux, permettent de se déplacer en se fatiguant moins. Qu’à la suite de son invention, très vite, pour divertir les gens, des courses ont été créées pour voir, quand tout le monde partait au même moment d’un point A, qui arriverait le premier à un point B. Qu’avec le temps, les courses sont devenues de plus en plus grandes, que tout le monde s’est mis à s'y intéresser. Et que, dès lors, des entreprises se sont rendu compte que si elles mettaient leur marque sur les coureurs, elles pourraient être connues de tout le monde. Comme elles ont payé pour cela quelques-uns, parmi le très grand nombre de personnes qui utilisent le vélo, ils sont devenus des cyclistes professionnels, ils en ont fait leur métier. Et que ça a été mon cas. Il y a des courses qui sont organisées toute l'année et la plus importante d'entre elles, la seule qui est connue à travers le monde et par tout le monde -même celles et ceux qui ne font pas de vélo, s’appelle le Tour de France. J’en ai fait 15 et j'ai eu la chance de terminer une fois quatrième, de gagner le maillot à pois qui récompense celui qui grimpe le mieux. Et que j’ai également porté 20 jours, 10 jours en 2004 et 10 jours en 2011, le maillot jaune qui récompense le coureur qui est en tête du classement du Tour de France. J’ajouterais que porter le maillot jaune ça ne veut pas dire qu'on gagne le Tour, mais qu’à ce moment-là on est en tête. Voilà comment j'essaierai de résumer ma vie et mon métier à votre extra-terrestre !
Vous avez pris votre retraite de compétiteur mais on a pourtant l’impression que vous n'avez jamais été aussi occupé !
Thomas Voeckler : J’ai quitté les pelotons, mais j’ai trouvé aujourd'hui un équilibre en alternant des périodes hyper intenses et des moments où je me fais plus discret, ou je suis plus en retrait. Je ne débranche pas – mon amour du vélo va au-delà de mes obligations professionnelles, de ma casquette de sélectionneur de l’Equipe de France, et je dois m’intéresser en permanence à l'actualité de mon sport. Mais j'arrive à me garder des plages pendant lesquelles, vraiment, je suis off. Mais quoi que je fasse, tout est complémentaire.
L’adrénaline de la compétition, l’engagement physique et mental absolu ne vous manquent pas ?
Thomas Voeckler : D'autres vous donneront peut-être une réponse différente, mais pour moi, rien ne remplace ce que j'ai pu connaître en tant qu'athlète de haut niveau. D'un point de vue émotionnel en tout cas, j'ai mis du temps à accepter que je ne pourrais pas revivre ce que j'avais connu quand j'étais l'acteur principal de l’activité que j’aimais plus que tout. Mais il faut peu à peu apprendre à trouver d'autres centres d’intérêt, se satisfaire d’un nouveau chapitre de sa vie. Et puis, surtout, savoir se remettre en question ; savoir aussi se féliciter et être fier de soi dans d'autres fonctions. Moi, j'ai la chance d'avoir aujourd'hui trouvé du plaisir ailleurs, dans des activités qui me plaisent. Bref, je suis devenu heureux dans une nouvelle vie professionnelle !
Pour un coureur professionnel, qu’est-ce qui est le plus fort ? Porter le maillot jaune sur le Tour de France ou y remporter une étape ?
Thomas Voeckler : Là encore, les réponses peuvent différer. Moi, même si le maillot jaune m'a plus apporté en notoriété alors que j'étais premier de manière éphémère, gagner une étape est ce qui a été émotionnellement le plus fort. Ce que j'ai aimé dans le vélo, c'est passer la ligne le premier. Et comme je n’étais ni un pur grimpeur, ni un pur sprinter, ça ne m'est pas arrivé si souvent ! Alors ma première victoire d'étape sur le Tour, en 2009 à Perpignan, alors que je courrais après depuis si longtemps, j'ai toujours des frissons quand j’y repense…
De bons moment, vous en avez vécus beaucoup, sur le Tour et ailleurs. Lesquels repassez-vous dans votre tête pour vous endormir avec le sourire le soir ?
Thomas Voeckler : Ce qui est rigolo, c'est que sur 18 années comme pro, avec régulièrement plus d’une centaine de départs en compétition chaque année, j’ai complètement oublié certaines courses même si j’y ai brillé ! Inversement, il y a des scènes de course que je pourrais décrire comme si je les vivais encore ! C’est le cas des derniers kilomètres de certaines de mes victoires d’étape sur le Tour. En 2009 avant Perpignan, en 2010 avant Bagnères-de-Luchon, ma prise du maillot jaune à l’arrivée à Saint-Flour en 2011, ma victoire en 2012 à Bellegarde-sur-Valserine… Je me souviens des quelques milliers de mètres de la fin de ces étapes quasiment seconde par seconde…
Le plaisir, mais parfois un peu de fierté pour la performance accomplie ?
Thomas Voeckler : Le moment dont je suis le plus heureux, le plus fier, c'est mon deuxième titre de champion de France en 2010. Ça n'a pas l'aura d'un maillot jaune, mais il s’agissait de surmonter une profonde déception subit quatre ans auparavant. En 2006, en Vendée, à Chantonnay où était organisé le Championnat de France, j’avais terminé deuxième. Nous avions fait un beau travail d’équipe, mais une petite erreur de ma part et une petite erreur collective nous avaient coûté le titre. La déception était très dure à avaler. C’était devenu un mauvais souvenir. Quatre ans plus tard, le championnat a été organisé au même endroit, sur le même circuit. J'avais progressé physiquement, je devais saisir cette chance. Le pire souvenir de ma carrière pouvait devenir le meilleur. Et j’y suis parvenu. De ça je suis très fier.
Consultant, sélectionneur de l’équipe de France, ambassadeur de certaines marques, vous avez plusieurs casquettes aujourd'hui. Si vous n’en conserviez qu’une, laquelle serait-ce ?
Thomas Voeckler : C'est une question dure, parce que je n'ai pas de plan de carrière et que je me fais plaisir dans tout ce que je fais. Sur la moto de France Télévisions sur le Tour de France, je prends un énorme plaisir. Dire une bêtise sur une analyse ? Faire un mauvais pronostic ? L’ouvrir un peu trop ? Pas grave, il faut quand même se regarder avec humour ! Mais si, aujourd'hui, je devais garder une seule casquette, ce serait celle de sélectionneur national. C'est celle qui me fait le plus vibrer. Et j'espère rester encore un petit moment sur Terre pour continuer à me faire plaisir !