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Publié le 13/12/2025
Grâce à votre palmarès, à vos qualités, vous avez été placé, puis reconduit cette année à la tête de l’Equipe de France de cyclisme masculine sur route. Quelle est l’équilibre entre argent et valeur dans ce cadre d’une équipe nationale ?
Thomas Voeckler : Je me sens bien à la tête de cette mission. J’ai candidaté en 2019 quand j’ai su que le poste était ouvert parce que je voyais rouler des jeunes de grandes valeurs, des puncheurs, des grimpeurs, des sprinters, et que je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire avec eux en Championnats d’Europe, en Championnats du monde. Dans mes deux-trois dernières années activités, j’agissais déjà un peu en capitaine, de mon équipe, mais aussi vis-à-vis des jeunes Français sur lesquels je veillais un peu, de loin. Il y avait une suite logique à essayer de formaliser ça !
Une fois nommé, vous vous êtes senti immédiatement bien dans le rôle, à votre place ?
Thomas Voeckler : En tout cas, cela me ressemblait plus que si j’avais été à la tête d’une équipe commerciale. Je me sentais plus dans le vrai ! Au début, j'ai fait un peu trop à ma manière. Je squeezais un peu les équipes des coureurs. Il a donc fallu que je remette un petit peu de protocole dans mon fonctionnement ! Ma seule ambition, c'est de faire un cyclisme qui me ressemble et que les gars adhèrent à ma manière de faire, à mon projet. Et de le faire en fonction des ressources dont je dispose : les coureurs. Mon principe : ne rien s'interdire… sans pour autant croire au Père Noël ! C’est un compromis difficile à trouver, mais nous avons eu de beaux succès. Et même quand on n’a rien ramené côté résultat, il y a eu de belles satisfactions, de belles aventures humaines.
On peut rester longtemps sélectionneur, est-ce une fonction pérenne ?!
Thomas Voeckler : Je n’avais pas fait de plan pour être reconduit cette année, je ne sais pas si je serai là l’année prochaine, ni dans cinq ans, mais je suis toujours autant motivé ! On peut me dégager quand on veut, c’est la fonction qui veut ça. Ce qui est clair, c’est que je ne serai plus sélectionneur le jour où je sentirai que mon message n’accroche plus, si je ne suis plus où je veux être, ou que je sens que je n’ai plus l’adhésion des coureurs, que mon discours n’a plus d’impact. Le problème ne pourra venir que de moi. Car s’il vient d’eux, c’est que je les aurai mal choisis !
Quels sont les premiers conseils que vous donnez à vos coureurs ?
Thomas Voeckler : Le premier : on n’a jamais rien à perdre ! Le second : il faut tout essayer ! Sur 180 mecs au départ d’une course, il n’y en a qu’un qui gagnera. Alors je préfère que l’on ne soit pas sur le podium en ayant tout tenté, que d’avoir assuré une deuxième ou une troisième place !
C’est facile à gérer un coureur qui débarque en équipe de France ? Un champion, ça a souvent beaucoup d’ego, d’ambitions, de personnalité… Vous composez beaucoup ?
Thomas Voeckler : Chez moi, il n'y a pas de « champion ». Je me suis promis de ne jamais me laisser dominer par un coureur, même s’il a 100 fois mon palmarès. Parfois, ce n'est pas évident de se pointer devant un gars et de lui dire « Non, finalement, je ne te prends pas », ou « Non, aujourd’hui, ce n’est pas pour toi et tu vas bosser pour untel ». J’explique toujours pourquoi. Et ce coureur sait que s’il n’est pas content c’est pareil car c’est mon rôle de gérer la sélection et l’équipe. Chaque coureur a bien sûr le droit d’avoir une ambition personnelle dès lors qu’elle n’est pas incompatible avec le travail collectif. Il y a toujours un temps pour ça.
Comment construit-on une Equipe de France qui est une somme d’individualité dont il faut faire un collectif ?
Thomas Voeckler : Il faut surtout bien sélectionner les coureurs et comprendre quel homme se cache derrière chacun d’eux. C'est un travail qui ne s'arrête jamais, un travail d'observations et d'échanges. Ça passe par de la franchise sur les rôles de chacun. Et il faut se dire les choses de manière honnête et directe. C’est ce que j’attends d’eux et ils l’attendent de moi. Confiance mutuelle – et je marche beaucoup à la confiance. Quand je courrais, moi qui avais un fort caractère, j'aurais eu besoin parfois que l'on me dise mes quatre vérités en face, en m’expliquant le pourquoi des choses. Ça m'aurait sans doute fait du bien. Les quelques jours que l'on passe ensemble avant l'épreuve sont également cruciaux. C’est là, alors que je suis avec eux, que l’alchimie s’opère. Avant le départ, je ne peux pas dire si on fera une médaille. Mais si on est parti pour faire une belle course collective, je le sens.
Etre membre de l’équipe de France, ça compte pour un coureur ?
Thomas Voeckler : Il n’y a rien à gagner en Equipe de France à part, en permanence, de la sueur et, quelque fois, des médailles ! L’argent ? Ce n’est pas une question d’argent : les sélectionnés ne reçoivent qu’une légère prime s’ils sont médaillés, une rigolade par rapport à ce qu’ils gagnent dans leurs équipes. Mais c’est l’Equipe de France. Et ils sont tous super fiers d’y être invités, super fiers de courir avec ce maillot sur les épaules.