Yvan Clolus : « Les home-trainers sont devenus des outils indispensables »

Le home-trainer a changé de statut dans la préparation des coureurs. Yvan Clolus, Entraîneur National des Equipes de France de VTT, revient ici sur cette pratique et, au-delà, sur ce qui différencie un échauffement réussi d'une simple mise en jambes, et sur la récupération, autre moment important de la performance.

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Publié le 07/05/2026

Yvan Clolus échangeant avec Lise Revol lors des Championnats du monde de VTT en Suisse en 2025 (cprght Patrick Pichon_FFC).
Les "rouleaux" sont la version de base des systèmes d'échauffement "dynamique statique" (cprght Patrick Pichon_FFC).
Les home-trainers, et leur version évoluée les smart-trainers, permettent aux coureurs de s'échauffer avec encore plus de précision avant le départ (cprght Patrick Pichon_FFC).
Le passage sur le home-trainer avant comme après l'épreuve est devenu un moment obligé pour les athlètes, comme ici pour les membres de l'Equipe de France lors des Championnats du monde sur route à Kigali en 2025 (cprght Patrick Pichon_FFC).
Yvan Clolus, Entraîneur National des Equipes de France de VTT, ici en 2025 aux Championnats du Monde de VTT en Suisse avec les coureurs de l'équipe Cross hommes Espoirs, avant le départ de leur épreuve (cprght Patrick Pichon_FFC).

Yvan Clolus, vous êtes l'Entraîneur National des Équipes de France de VTT. Quelle place tient aujourd'hui le home-trainer dans la préparation des cyclistes en compétition ?

Yvan Clolus : Deux évolutions convergentes lui ont donné sa place actuelle. La première est scientifique : notre compréhension de la physiologie de l'effort s'est affinée. La seconde est technologique, liée à l’évolution du matériel. Des simples rouleaux sur lesquels on posait un vélo, on passe de plus en plus à de véritables machines de roulage statique, pilotées électroniquement, interactives, qui permettent d’aller plus loin dans le contrôle de l’effort de l’athlète. Sachant que nos vélos sont eux-aussi équipés de capteurs.

Il existe plusieurs types de machines. Lesquels privilégiez-vous ?

Yvan Clolus : Le choix appartient aux athlètes. La majorité pose son vélo de compétition sur de simples rouleaux à capteurs, suffisants pour surveiller la puissance déployée. Mais de plus en plus de coureurs, notamment les cyclistes sur route, leur préfèrent désormais les home-trainers équipés de capteurs qui permettent d’aller plus loin dans l’analyse de l’effort et son pilotage, voir des smart-trainers interactifs, capables de restituer le relief et ses variations : la simulation y gagne en fidélité, au prix cependant d'une logistique plus lourde, puisqu'il faut acheminer les machines jusqu'aux ponts de départ et d'arrivée. Les occasions les plus pertinentes concernent notamment les contre-la-montre, courus sur un vélo spécifique qu'on ne monte jamais sur rouleaux. Vététistes et et cyclo-crossmen, eux, n'ont qu'un seul vélo à gérer : ils le fixent tel quel, roue avant parfois retirée pour arrimer la fourche sur l'appareil quand il n'accueille pas les deux.

Faut-il un peu d'entraînement pour utiliser efficacement les rouleaux avec son vélo ?

Yvan Clolus : Il n'y a rien de spontané car la sensation en statique diffère de celle du geste dynamique. C’est une question de dextérité, pas d'instinct.

Quand ces systèmes sont arrivés dans les équipes, entre échauffement et récupération, quelle phase ont-ils investie en premier ?

Yvan Clolus : L'échauffement, historiquement. Sur les grands rendez-vous - Jeux Olympiques, Championnats du monde, Tour de France - s'échauffer sur route devient quasiment infaisable : forte affluence du public, circulation tant que le parcours n'est pas neutralisé, risque réel de s'égarer ou de chuter. Manquer un départ majeur pour l’une de ces raisons n’est inenvisageable. On a donc installé, sous des tentes ou les auvents des bus des équipes, instalés à côté des zones de départ, des dispositifs d'échauffement statique - la garantie d'être sur la ligne, entier et à l'heure ! La logique a ensuite gagné la récupération. Le scénario d'hier tenait en trois temps : échauffement, course, puis retour à la structure de l'équipe pour manger et se faire soigner, avant un tour en extérieur pour éliminer les lactates - avec, à nouveau, les risques évoqués plus haut. Ce temps-là est révolu. Sitôt l'arrivée franchie, ce sont 10 à 30 minutes sur home-trainer, souvent pendant que le coureur reçoit la presse. Le dispositif y gagne en pertinence, et il est plus agréable pour le public - l'athlète, même en retrait sous l'auvent du bus, reste visible - tout en mettant le staff médical et technique à portée immédiate : soins, nutrition, hydratation, premiers échange avec les entraîneurs.

Conseilleriez-vous ce type d'échauffement et de récupération sur home-trainer à tous les cyclistes, quel que soit leur niveau ?

Yvan Clolus : C'est surtout une philosophie que je recommande, à tous les niveaux : un triptyque immuable - s'échauffer avant d'entrer dans l'effort, en maîtriser les phases, traiter la récupération avec la même exigence. Y compris, voir surtout, après une défaite : on s'est donné à fond, on s'est fait mal, et malgré cela on est passé à côté du podium. Eh bien, malgré la douleur et la déception, il faut récupérer quand même. Le corps en a besoin, l'esprit aussi. L'intensité et la forme du protocole s'ajustent ensuite au contexte - le niveau du coureur, la logistique disponible.

Tant qu'on ne transpire pas, l'échauffement n'est-il pas terminé ? Et à l'inverse, la sudation signifie-t-elle qu'on peut s'arrêter ?

Yvan Clolus : C'est plus subtil que cela. D'abord : sans sudation, l'effort n'a pas été assez sollicitant, c'est certain. Elle survient normalement entre 5 et 20 minutes, selon l'intensité, la chaleur ambiante et l'hygrométrie - il faut poursuivre jusqu'à son apparition. Mais sa présence ne clôt rien : les indicateurs qui font foi sont la fréquence cardiaque, la puissance développée et sa durée de maintien. On peut transpirer abondamment, se sentir « chaud bouillant », simplement parce qu'il fait plus de 20-25° et qu'on est trop couvert - sans pour cela être prêt à prendre un départ d'une épreuve. Ensuite, point décisif : s'échauffer, c'est enchaîner des efforts progressifs puis pousser brièvement jusqu'au maximum, avant un retour au calme. C'est ce retour au calme qui signe l'état de préparation - une fenêtre courte, 10 à 15 minutes, pas une heure. D'où l'enjeu du timing : monter en puissance sans s'épuiser, rester prêt jusqu'au coup d'envoi, sachant que le corps, une fois la compétition lancée, ne refroidit plus. On gère donc avant tout un protocole chronologique !

Et à l'inverse, pour terminer : à quel signal du corps sait-on qu'on a correctement récupéré ?

Yvan Clolus : Récupérer, c'est aider le corps à évacuer les déchets accumulés pendant la course. Le paradoxe est réel : pour se sentir bien après avoir tout donné, il faut produire un nouvel effort. Et pourtant, entre le début et la fin de cette phase, la fatigue et la douleur cèdent la place à un état apaisé, presque serein. C'est un peu comme se glisser dans son lit, épuisé, sentir le sommeil venir, mais devoir aussitôt se relever pour retourner travailler ! Une seule certitude retient de renoncer : si la récupération est bien maîtrisée, après le dernier coup de pédale, on se sent mieux qu'avant le premier ! Et pour une récupération réellement optimale, boire au fil de ce dernier moment un bidon complet de boisson de récupération complète parfaitement la séquence. Au bout du compte, la fatigue demeure - mais le corps, lui, est prêt à repartir.

3 astuces pour réussir échauffement et récupération

Quel que soit votre niveau, les 3 conseils de base d'Yvan Clolus pour réussir échauffement et récupération :

  • Quand vous faites votre sac, prévoyez plusieurs jeux de vêtement afin de pouvoir changer de tenue après l’échauffement, pendant lequel vous allez transpirer, et prendre le départ avec une tenue fraîche que vous aurez enfilée après vous être séché avec une serviette qui, elle aussi, sortira de votre sac. De même, à l’issue de votre épreuve, quittez la tenue avec laquelle vous avez couru pour faire votre récupération avec des vêtements propres et secs. A nouveau, c’est plus hygiénique et plus confortable ! 
  • Côté boissons, ayez toujours plus de bidons que ce qui est théoriquement nécessaire. Souvent, on croit prendre juste le compte et puis on en manque ! 
  • Dernier point : lors d’une compétition, même si c’est avec votre club, essayez de vous faire accompagner par un membre de votre famille, une copine, un copain, au cas où il faudrait intervenir sur le vélo, aller chercher quelque chose que l’on a oublié, un outil, une pièce d’équipement, ce qui vous évitera de descendre de vélo au dernier moment, dans l’urgence, et de courir. Vous resterez ainsi dans votre concentration...