Paul Brousse : "La récupération est au cœur de la performance" (Partie 1)

Paul Brousse est le Sélectionneur de l’Equipe de France Féminine de Cyclisme sur Route. Ancien coureur professionnel, entraîneur, il évoque pour nous un aspect méconnu de la performance : la récupération. Ou comment gagner une fois descendu du vélo… 1e partie : « On ne peut pas être au top du 1er janvier au 31 décembre ! »

PA_FOG avec AM

Publié hier

(cprght Patrick Pichon - FFC).
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  • 1e partie : « On ne peut pas être au top du 1er janvier au 31 décembre ! »
  • 2e partie : « La récupération est essentielle à l’athlète pour performer et durer »

 

Paul Brousse, sommes-nous aussi physiologiquement inégaux en matière de capacité de récupération que nous le sommes en matière de capacité de performance ? 

Paul Brousse : C’est la même chose en fait ! Nous sommes inégaux parce qu'il y a deux facteurs qui influent sur la capacité de chaque athlète aussi bien à performer qu’à récupérer. En premier lieu, c'est la génétique, c’est-à-dire notre corps, ses organes et leurs performances de base. Chacun d’entre nous est différent. C’est la nature ! Et le deuxième levier c'est l'entraînabilité, c’est à dire la charge d’entraînement que l’on est capable d’absorber et de ce que notre corps doit mobiliser comme efforts pour cela. Il y a une partie génétique qui est impondérable et qui fait que bien souvent les grands champions « scorent » dans tous les paramètres : ils ont un patrimoine génétique exceptionnel auquel ils ajoutent un mental de fou, une capacité d'entraînabilité, de maximiser l’exploitation de leur potentiel et donc à performer qui est supérieure aux autres. C’est pour cela qu’ils deviennent de grands champions.

Quels sont précisément ces avantages génétiques ? 

Paul Brousse : Le cyclisme est un sport d'endurance où les capacités aérobiques sont prépondérantes. Le système cardio-vasculaire est donc au centre des sollicitations. L’un des facteurs les plus déterminants de l'accès au plus haut niveau est donc la « VO2max », c’est-à-dire la capacité de l’organisme à prélever l'oxygène, puis à l'utiliser au sein des cellules musculaires. C’est un peu la cylindrée du sportif, et c'est prépondérant. Là, à l’exigence d’endurance, va s’ajouter la notion de puissance maximale, de force maximale à atteindre, d’explosivité. Pour être performant, l’athlète doit donc être équipé, à la fois, d’un bon système musculaire et neuromusculaire.

Entre deux athlètes, l'un physiologiquement doté naturellement d'un gros cœur et de gros poumons, et un autre dont le cœur et les poumons sont plus petits, l’entraînement peut-il réduire l’écart qui les sépare ? 

Paul Brousse : La nature est injuste ! Si le « moins équipé » s’entraîne beaucoup, et que le naturellement « mieux équipé » ne s’entraîne pas, l’écart va se réduire. Mais si l’un et l’autre s’entraînent au maximum de ce qu’ils peuvent absorber, l’écart subsistera…  Dans les deux cas, le corps va créer des adaptations cardio-vasculaires et périphériques, va améliorer les muscles, les capillaires, les tendons, les ligaments. L’inégalité subsistera...

Est-ce la préparation qui permet de conserver un niveau de performance optimal toute l’année ? 

Paul Brousse : On ne peut pas être au top du 1er janvier au 31 décembre. C’est pour cela que l’on élabore des plannings d’entraînement en fonction d’objectifs précis et datés. On choisit donc des périodes de développement, des périodes avec des sous-objectifs, des objectifs. Il y a des périodes pendant lesquelles, on le sait, l’athlète est en-dessous de son potentiel. L’important est de savoir que ce n’est que temporaire, qu’il y a des raisons maîtrisées pour lesquelles c’est le cas, que c’est indispensable pour construire une trajectoire d’amélioration de la performance. La préparation est donc un facteur clef. Il en est un autre aussi important : la récupération, qui doit toujours être proportionnée aux efforts.

Peut-on compenser le handicap du déficit physique, en perf comme en récupération, réduire l’écart, par le mental ? 

Paul Brousse : Le mental est un facteur qui permet d’augmenter sa performance, on le sait. Mais le mental joue-t-il un rôle aussi important au niveau de la récupération ? Vous soulevez là un point important. Derrière la récupération, il y a finalement de nombreux éléments. La récupération physique ET la récupération mentale. 4 heures de course par 3 degrés de température sous la pluie n’est pas ressenti psychologiquement par tout le monde de la même manière. Pour des athlètes des pays nordiques qui sont habitués à rouler dans ces conditions, 24 heures plus tard, on peut parier que tout sera oublié. Les Européens du sud, nous Français, mais encore plus les Espagnols, les Italiens, seront plus impactés physiologiquement – musculairement on n’est pas habitués à ces conditions – ET psychologiquement, car le moral est également impacté. La récupération en sera d’autant affectée. Derrière la récupération, il y a donc beaucoup d'enjeux à la fois physiques et psychologiques. Et c'est d'ailleurs un peu la beauté du sport et de l'entraînement dans nos disciplines ! Nous sommes en 2026, la science du sport a fait d’énormes progrès, l’I.A. est là, et pourtant on ne maîtrise pas tout ! 

Est-ce que le temps de récupération est toujours proportionnel à l’effort produit ou aux conditions rencontrées, ou est-ce que ce temps de récupération est toujours le même chez un athlète, quoi qu’il fasse ? 

Paul Brousse : Chaque athlète est très dépendant des stimuli qu’il reçoit et il y réagit de manière très différente. Le temps de récupération est lié à la charge d'entraînement qui a été supportée auparavant. Si vous faites une course d'un jour, par exemple un Paris-Roubaix, vous allez mettre forcément moins de temps à récupérer de ce Paris-Roubaix et être plus capable de reprendre le cours des séances d'intensité que si vous venez de terminer un Tour de France qui a duré trois semaines ! La récupération est liée aux stimuli qu'on a provoqués et de l’entraînement qui a été suivi. C’est pour cela que les entraîneurs sont aujourd’hui épaulés par des scientifiques spécialistes de la donnée, par des experts médicaux. On va suivre de manière très fine les constantes de l’athlète, on peut même aller jusqu'à la prise de sang pour vérifier un petit peu les taux hormonaux. Mais, quoi que l’on fasse, la récupération est toujours influencée, obligatoirement influencée, par ce qu'on a fait avant. Et si le travail de la phase d’« affûtage » a été bien maîtrisé. 

La phase d’affûtage ? 

Paul Brousse : Être « affûté » veut généralement dire être un peu maigre ou en tout cas à son poids de forme optimal. Mais ce n’est pas avec ce sens-là que j’utilise ce terme-là. L'« affûtage » en période d’entraînement, c'est le travail qui consiste à maintenir une condition physique optimale chez l’athlète tout en diminuant la fatigue liée au mésocycle qu'on a eu auparavant. Le mésocycle, c’est-à-dire la période d’un, deux, trois mois, parfois plus, lors de laquelle on enchaîne différents blocs de travail, s’achève quelques semaines avant l’échéance que l’on prépare. À partir de là, sur une période de quelques semaines – la littérature nous dit que l’idéal est deux semaines – on va entrer en phase d’affûtage, c’est-à-dire diminuer le volume des séances d'entraînement quasiment par deux, pour reposer le corps, mais en gardant la même fréquence et le même niveau d'intensité pendant la séance. On va donc maintenir le niveau de performance, mais réduire la fatigue. Il y a plusieurs types d’affûtages. Certains sont progressifs, d’autres immédiats. Maintenir le niveau de performance en réduisant la fatigue, permet d’avoir une meilleure qualité de récupération après l’épreuve puisqu’on a moins épuisé le corps lors de la compétition. 

Mettre le corps en état de fatigue en l’obligeant à performer n’est-il pas un moyen de l’obliger à développer des ressources supplémentaires qui le rendront plus performant une fois la fatigue disparue ? 

Paul Brousse : Créer de la fatigue par une surcharge d’efforts à l’entraînement, de manière contrôlée, permet en effet de progresser. C’est ce que l‘on fait lors de certains stages lors desquels on va provoquer des niveaux de fatigue très élevés. On diminue même l’assistance à la récupération – par exemple en ne massant les athlètes qu’un jour sur deux, pour que le corps trouve ses propres ressources de récupération. Mais il est essentiel de parfaitement maîtriser cette surintensité et de l’accompagner d’une récupération appropriée. C’est le rôle de l’entraîneur de s’assurer que chaque athlète suit le bon programme, les bons mésocycles, que les mésocycles sont composés des bons blocs, avec les bons moments, les bonnes composantes.

Paul Brousse en bref :

  • né le 28 décembre 1983 à Poitiers (Vienne) 
  • cycliste professionnel sur route de 2007 à 2011 
  • Sélectionneur de l’Equipe de France Féminine de Cyclisme sur Route depuis 2018 
  • Palmarès notable comme Sélectionneur de l’Equipe de France Féminine de Cyclisme sur Route : 

…2023 : Champion d’Europe (Contre-la-montre par Equipes de Relais Mixte) ;
…2023 et 2025 : 2e aux Championnats du monde (Contre-la-montre par Equipes de Relais Mixte).