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Florian Ferrasse, vous êtes Entraîneur national BMX Freestyle Park et Responsable du Pôle France de BMX Freestyle, qui regroupe des disciplines très spectaculaires, en particulier le BMX « Flat » et le BMX « Park ». Pouvez-vous nous les présenter ?
Florian Ferrasse : Les deux disciplines sont nées aux États-Unis dans les Années 60-70, avec le même vélo de 20 pouces. Mais leurs approches diffèrent radicalement. Le « Flat » est un sport d’équilibre, de figures exécutées au sol. C’est une discipline artistique, avec des enchaînements à deux vitesses, ralenti ou rapide, basée sur l’équilibre, la finesse des gestes et la créativité. On peut pratiquer partout : un parking, un trottoir. En « Park », il faut une structure que l’on appelle un « skate-park », ou purement construite pour le BMX. On roule, les figures sont acrobatiques, avec une dimension aérienne et une prise de risque forte. La puissance et la maîtrise des rotations sont essentielles.
Les vélos ont-ils des caractéristiques techniques différentes ?
Florian Ferrasse : Les vélos se ressemblent, de loin, mais ils sont différents. On ne pratique pas le Park avec un BMX de Flat, et réciproquement. En Flat, le cadre est généralement plus bas. Le guidon est plus étroit car il ne doit pas gêner les mouvements rapides, notamment les rotations. En Park, le cadre est plus haut. Les vélos sont généralement en alu Chromoly. Le guidon est également un peu plus grand. A haut niveau, les soudures finissent par se fragiliser sous les chocs répétés et le cadre perd en rigidité au bout de six à huit mois et il faut le changer. Côté équipements, en Flat tout le monde à des « pegs » – les repose-pied – pour exécuter les figures. En Park, quasiment personne n’en a car les riders qui ne pratiquent que du Park ne les utilisent quasiment pas. Côté freins, en Park on en voit de moins en moins. Auparavant, certains en utilisaient un à l’arrière mais, aujourd’hui, à haut niveau, ils n’en n’ont pas forcément besoin, cela dépend du style. En Flat, c’est assez similaire, certains en utilisent encore, mais beaucoup n’en ont pas. Côté transmission, roue libre pour tout le monde. Car, avec un pignon fixe, quand les pieds quittent les pédales, le pédalier continue de tourner si la roue tourne. Or, il faut repositionner ses pieds au même endroit pour garder ses repères. Donc, la roue libre s’impose.
Y a-t-il des différences de pneus et de pression ?
Florian Ferrasse : En Flat, les pneus sont généralement plus lisses pour pouvoir prendre beaucoup d’angle et la pression est élevée, environ 7 bars, pour éviter les déformations sous le poids du rider. En Park, les pneus peuvent être un peu plus larges et la pression un peu plus basse, entre 5 et 6 bars, pour amortir les réceptions.
Chaque discipline fait-elle appel à des qualités différentes ?
Florian Ferrasse : En Flat, on a généralement des profils secs. Les riders peuvent passer 3-4 heures sur leur vélo à répéter des figures. Il n’y a pas forcément besoin de puissance extrême, ni de niveau de forcé trop élevé, mais il faut être lucide longtemps. En Park, il faut s’engager physiquement. Les modules font 2 à 4 mètres de haut, plus la hauteur du saut : on atteint ainsi parfois 6 à 7 mètres. Il faut une force importante pour bouger le vélo en l’air. Les chutes y sont plus sèches. A haut niveau, on apprend à tomber. Heureusement, les risques sont maîtrisés : on n’a pas de fractures toutes les semaines !
Est-ce qu’il y a des catégories de blessures spécifiques ?
Florian Ferrasse : En Flat, les chutes se produisent à basse vitesse. Elles peuvent causer des entorses de chevilles, de poignets ; on peut prendre des coups aux tibias, mais le risque de fractures est assez faible. En Park, les chutes sont généralement la conséquence de figures aériennes. Les risques sont plus importants, fractures ou luxations possibles…
Les équipements de sécurité diffèrent-ils entre les deux disciplines ?
Florian Ferrasse : En Flat, quasi personne ne porte de casque ni de protections. C’est une question de culture. Et mettre un casque pourrait presque être mal vu ! En Park, le casque est obligatoire, et 95-98 % des pratiquants portent genouillères, protège-tibias, chevillières, et souvent des gants. Les casques intégraux se généralisent chez les jeunes.
Le langage est-il le même dans les deux disciplines ?
Florian Ferrasse : Les pièces des vélos ont les mêmes noms, ils ont parfois les mêmes fabricants, le nom des figures diffère. En Park, les figures de base ont des noms, et chacune se différencie par des combinaisons. En Flat, la créativité est reine : les riders inventent leurs figures et peuvent leur donner un nom. Ils peuvent attraper la roue avant, la roue arrière, la selle, le guidon, ou changer de poignée. C’est là que la créativité est vraiment importante.
Les athlètes s’entraînent-ils de la même manière ?
Florian Ferrasse : Aujourd’hui la plupart des sportifs se préparent physiquement, en complément du travail technique. En Park, le trampoline peut être complémentaire. Le BMX Race peut également être complémentaire pour développer la vitesse. Pour les figures, on utilise des fosses à mousse : les athlètes sautent et atterrissent en sécurité. En Flat, il n’y a pas vraiment de discipline complémentaire à ma connaissance. La pratique repose sur la répétition de figures au sol.
Combien de Parks accessibles au BMX existe-t-il en France ?
Florian Ferrasse : Il y a trois structures de niveau international : Montpellier, Martigues et Sérignan près de Béziers. Les autres sont de niveau national ou inférieur. En Flat, on peut faire des initiations partout. C’est un sport où les démonstrations sont populaires. Beaucoup de sportifs vivent de ces démonstrations ! Le Flat peut se pratiquer n’importe où, même au milieu d’un bar, en décalant trois tables ! En Park, c’est plus contraignant, il faut un vaste espace et des structures qui permettent les sauts, les réceptions,…
Est-ce que tous les clubs de cyclisme accueillent les pratiquants de BMX ?
Florian Ferrasse : Ce n’est pas encore la majorité. Tous les clubs de cyclisme n’ont pas une section BMX car il faut des encadrants diplômés et surtout une structure pour pratiquer. Quant aux clubs dédiés, structurés, ils se comptent en France sur les doigts d’une main. En Flat, il y a deux écoles : celle d’Alexandre Jumelin à Montpellier et celle de Raphaël Chiquet dans les Landes.
Comment se positionne la France dans le concert mondial ?
Florian Ferrasse : Chez les hommes, on est dans les tops nations en BMX Park. Les pays anglo-saxons (Australie, Angleterre) sont aussi très forts. Le Japon domine en Flat (hommes et femmes).
Et les Américains qui ont inventé ces disciplines ?
Florian Ferrasse : En Park, les Américains sont encore très forts (haut du tableau dans beaucoup de compétitions). C’est un vivier à surveiller.
Sur quelles structures s’appuie l’Equipe de France ? Un pôle Flat et un pôle Park ?
Florian Ferrasse : L’Equipe de France se retrouve généralement sur des moments de stages, en France ou à l’étranger souvent. L’Equipe de France est constituée ponctuellement pour les déplacements sur les compétitions internationales. Il y a un pôle France Olympique à Montpellier avec six athlètes en résidence. Il n’existe pas aujourd’hui de Pôle France BMX Flat.
Le BMX, on se dit que c’est comme le skate ou le surf : un sport libre qui s’accommode difficilement de structures et s’autogère en communauté. Alors, comment vos disciplines sont-elles entrées dans un cadre fédéral, normé, très organisé ?
Florian Ferrasse (sourire) : Le BMX s’est fédéré tardivement, avec une intégration officielle aux Jeux olympiques en 2017 pour Tokyo 2020. Au début, les a priori étaient nombreux : discipline urbaine, sans règles, purement freestyle – « on fait ce qu’on veut ». Mais pour viser des médailles, il a fallu structurer. Et puis certains athlètes cherchaient un cadre pour pratiquer à haut niveau, participer à des compétitions internationales. Moi, j’appartenais à cette génération. Aujourd’hui, des sections se sont structurées au sein des clubs de cyclisme, et des clubs se sont montés dans le giron fédéral. Il y a des entraîneurs, des calendriers de compétition nationales et internationales, les disciplines se sont en effet structurées. Deux univers cohabitent cependant encore : l’ancienne génération, attachée à la liberté, et la nouvelle, plus encline à s’inscrire dans un cadre fédéral.
En tant qu’Entraîneur National, quels sont vos objectifs sportifs ?
Florian Ferrasse : Décrocher de beaux résultats l’année prochaine aux Championnats du monde qui ont lieu en Haute-Savoie en 2027, puis nous concentrer sur les Jeux de Los Angeles 2028. Après Paris 2024 où nous avons décroché une médaille de bronze chez les hommes, l’objectif est d’aller à nouveau chercher une médaille à Los Angeles.
Vous êtes cadre technique et capable de monter sur un vélo pour montrer l’exemple. Est-ce important ?
Florian Ferrasse : J’en suis capable, mais le niveau a tellement évolué depuis que j’ai arrêté ma carrière il y a 4-5 ans ! Je n’ai plus l’entraînement suffisant pour montrer l’exemple. Pour des jeunes, des débutants, montrer des figures peut être utile. Mais à haut niveau, ils m’ont dépassé ! Mon rôle est désormais l’analyse et l’accompagnement technique.
…..vice-Champion de France 2019 de BMX Freestyle Park / 25e aux Championnats du monde 2019 BMX Freestyle Park ;
…..vice-Champion de France 2018 de BMX Freestyle Park.